«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Littéral : Même les singes tombent de l’arbre.
Signification : Même les experts commettent des erreurs.
Le singe n’est pas un choix arbitraire. Dans la culture japonaise, il possède un poids symbolique réel. On le retrouve dans l’iconographie shinto, et surtout dans les célèbres trois singes sculptés du sanctuaire de Tōshō-gū shrine, incarnant « ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal ». Le singe représente l’intelligence vive, l’agilité, une forme de compétence instinctive. C’est précisément ce qui donne sa force au proverbe : si même le singe, parfaitement adapté aux arbres, peut tomber, alors la chute n’est pas une défaillance exceptionnelle, elle fait partie du fonctionnement normal.
Le proverbe semble s’être formé à l’époque d’Edo (1603–1868), dans une société où la valeur du travail artisanal et la maîtrise progressive des savoir-faire occupaient une place centrale. Pour les shokunin (職人 maitres artisans), « saru mo ki kara ochiru » rappelait que des années d’apprentissage ne protègent pas d’un faux pas occasionnel. La chute n’annule pas la compétence : elle en fait partie intégrante. La datation précise de l’expression mériterait cependant d’être confirmée par des sources primaires.
Au Japon contemporain, la formule circule encore naturellement, notamment dans les environnements professionnels où la pression de la perfection est forte. Lorsqu’un collègue expérimenté commet une erreur, un plus jeune peut l’invoquer discrètement, non pour le critiquer, mais pour détendre l’atmosphère. Il y a là une forme particulière de bienveillance collective, liée à une sensibilité plus large proche du wabi-sabi, qui valorise l’imperfection et le caractère transitoire des choses.
Nous avons des équivalents comme « même les meilleurs se trompent » ou le plus ancien « même Homère sommeille ». Mais ces formules tendent à présenter l’erreur comme une exception.
Ce proverbe, lui, l’intègre à la compétence elle-même. Être expert, c’est aussi être suffisamment engagé dans l’action pour qu’un jour, inévitablement, quelque chose échappe. Le singe ne tombe pas malgré son habileté. Il tombe parce qu’il continue de grimper.
Speaking Kokeshi#018 — La maîtrise n'exclut pas l'erreur. — 猿も木から落ちる
Speaking Kokeshi a débuté en mai 2023 à partir d'un constat simple : le Japon possède l'une des traditions d'expression proverbiale les plus riches au monde, et la plupart de ces expressions sont soit inconnues hors du pays, soit réduites à quelques concepts populaires vidés de leur contexte.
L'idée originale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque — des objets qui portaient une phrase, un visage, une morale. La poupée kokeshi était le bon vecteur. Sobre, distinctive, ancrée dans l'artisanat japonais, elle permet à l'illustration de porter du sens sans excès.
Quarante proverbes. Quarante personnages. Chacun dessiné individuellement, chacun le résultat d'une recherche sur les origines culturelles et historiques de l'expression. Pas un catalogue. Un livre avec un point de vue.