«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Pas d'IA ou autre LLMS.
PROVERBES JAPONAIS ILLUSTRÉS
#036
Toi aussi, Brutus ? 飼い犬に手を噛まれる
飼い犬に手を噛まれる Kaiinu ni te o kamareru
Littéral : Être mordu à la main par le chien qu’on a élevé.
Signification : Être trahi par quelqu’un en qui l’on avait confiance et que l’on a nourri, formé, soutenu.
Il y a dans l’image du chien quelque chose de particulièrement fort : l’animal qui a choisi l’humain plutôt que la vie sauvage, qui garde le seuil et dort au pied du lit, se retourne contre la main qui remplissait sa gamelle. Au Japon la fidélité canine a été élevée au rang de mythe culturel. Hachikō, qui attendit son maître pendant neuf ans à la gare de Shibuya après sa mort, reste encore aujourd’hui l’emblème le plus célèbre de la loyauté. Et ce proverbe porte un poids qui dépasse la simple trahison. Il nomme quelque chose de très précis : la trahison qui remonte une hiérarchie, venant de quelqu’un qui doit sa place même à celui qu’il blesse.
Cette direction vers le haut est essentielle. Pendant des siècles, la société japonaise s’est structurée autour des idées confucéennes de giri (義理, devoir et obligation) et de chūgi (忠義, loyauté envers son seigneur). Les liens verticaux y étaient centraux, chacun portant des devoirs qui se comprenaient moins qu’ils ne se négociaient. Le hōkōnin (奉公人, serviteur ou dépendant) ne devait pas seulement son travail à la maison qui l’abritait, mais aussi son allégeance. Rompre ce lien n’était pas simplement une faute personnelle, c’était une entaille dans la trame morale qui maintenait la communauté. Le proverbe s’est probablement fixé durant l’époque d’Edo (1603–1868), quand le gouvernement Tokugawa a rigidifié les hiérarchies sociales et rendu les devoirs entre supérieur et subordonné à la fois très clairs et très lourds de conséquences.
L’image reste parlante dans le Japon contemporain, parce que le terrain social qu’elle décrit n’a pas changé autant qu’il n’y paraît. Le système senpai-kōhai (先輩後輩, aîné-junior) continue de structurer une grande partie des milieux professionnels. Le senior ouvre des portes, transmet son savoir et soutient ; le junior, lui, doit respect et loyauté, avec l’attente implicite qu’il rendra un jour cet investissement. Quand ce contrat se brise, par exemple lorsqu’un junior s’approprie le travail d’un supérieur, ou se range du côté de la direction contre la personne qui l’a formé, kaiinu ni te o kamareru surgit pour nommer cette morsure très particulière, celle d’une confiance mal placée.
L’expression « mordre la main qui vous nourrit » est l’équivalent le plus naturel ; elle dit bien l’idée générale, mais le proverbe japonais est plus étroit et plus incisif. Il ne parle pas de n’importe quelle ingratitude : il vise la subversion d’un lien hiérarchique, le geste de celui qui a été accueilli, formé, soutenu. Dans la version française, la blessure peut venir de n’importe qui ; ici, elle vient de quelqu’un que l’on a soi-même fait grandir.
Speaking Kokeshi#036 — Toi aussi, Brutus ? — 飼い犬に手を噛まれる
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Speaking Kokeshi est né de mon engouement pour la culture japonaise et de ma passion pour l'art. L'idée initiale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque, en y intégrant les éléments de la culture japonaise. Ce concept s'est transformé en dessin en noir et blanc, débutant par le chat numéro 24 de la collection, avec l'espoir que, contrairement au proverbe qui l'accompagne, vous en tiriez quelque chose de précieux.