«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Pas d'IA ou autre LLMS.
PROVERBES JAPONAIS ILLUSTRÉS
#029
Ce que vous n'avez pas encore vu, est parfait. 見ぬが花
見ぬが花 « Minu ga hana »
Littéral : Ne pas voir est une fleur.
Signification : L’imagination crée un idéal que la réalité, une fois rencontrée, ne peut jamais vraiment égaler.
Zeami Motokiyo (世阿弥元清), maître du XIVe siècle qui a façonné l’art du Noh theatre (能), a consacré une grande partie de sa vie à écrire sur le concept de hana (花, la “fleur”), voir #004. Son idée centrale : la fleur s’épanouit le plus pleinement tant qu’elle n’a pas encore été vue. Une performance atteint son sommet juste avant de se révéler totalement.
Cette formule dit quelque chose que la plupart des cultures ressentent sans l’énoncer aussi frontalement : la version d’une chose que nous n’avons pas encore rencontrée (la rencontre anticipée, le cadeau non ouvert) possède une forme de perfection que la réalité, une fois arrivée, ne peut que diminuer. L’attente est un état idéal.
Zeami Motokiyo développe cette pensée dans son traité Fūshikaden (風姿花伝, Transmission de la fleur), rédigé vers 1400. Un acteur qui montre tout, écrit-il, perd déjà la maîtrise de la scène. Celui qui suggère, qui retient, qui laisse incomplet, conserve le pouvoir précisément parce que le spectateur complète avec son imagination ce qui manque, et le complète toujours de la manière la plus parfaite possible. Nous achevons ce que nous ne voyons qu’à moitié. Nous idéalisons ce que nous ne rencontrons jamais pleinement.
Cette logique traverse plusieurs notions esthétiques japonaises. Yūgen (幽玄, beauté mystérieuse et profonde) valorise ce qui est à peine visible plutôt que ce qui est exposé. ma (間, l’intervalle ou le vide signifiant) trouve de la profondeur dans l’absence. La tradition zen qui irrigue une grande partie de la culture visuelle japonaise place le vide au même niveau que la forme. Minu ga hana s’inscrit dans cet ensemble : une méfiance envers le trop-visible, l’idée que révéler complètement quelque chose lui fait toujours perdre une part essentielle.
Dans le Japon contemporain, le proverbe apparaît souvent dans les débuts de relation, notamment cette phase avant la première rencontre où la personne imaginée est presque toujours plus parfaite que celle qui existe réellement. On le retrouve aussi dans le design et le marketing, où l’art de la suggestion est souvent plus efficace que la révélation complète. Il apparaît également dans les discussions sur le retour : certains lieux ou certaines personnes, dit-on, sont plus justes dans le souvenir que dans la présence.
Pour Marcel Proust « L’imagination est la seule compagne de la vie humaine ; la réalité ne nous offre que des déceptions. » John Keats écrivait que les mélodies entendues en imagination sont plus douces. La tradition romantique a souvent idéalisé l’absence. Mais ces formulations restent des consolations face à ce qui échappe. Ici, il s’agit d’un principe : ce que l’on imagine n’est pas une copie dégradée du réel, mais une forme complète en soi, parce que seule l’imagination peut contenir une chose sans la réduire.
Speaking Kokeshi#029 — Ce que vous n'avez pas encore vu, est parfait. — 見ぬが花
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Speaking Kokeshi est né de mon engouement pour la culture japonaise et de ma passion pour l'art. L'idée initiale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque, en y intégrant les éléments de la culture japonaise. Ce concept s'est transformé en dessin en noir et blanc, débutant par le chat numéro 24 de la collection, avec l'espoir que, contrairement au proverbe qui l'accompagne, vous en tiriez quelque chose de précieux.