«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
#009
Un combat entre deux camps mène au bénéfice d'un troisième. 漁夫の利
漁夫の利 « Gyofu no ri »
Littéral : Le bénéfice du pêcheur.
Signification : Un conflit entre deux parties profite à une troisième.
Lorsqu’une bécasse tenta de dévorer une palourde sur la plage, son bec se retrouva coincé dans la coquille du mollusque. On les retrouva plus tard, tous deux immobilisés, et c’est un pêcheur qui les ramassa.
Cette histoire n’est pas d’origine japonaise. L’image de la bécasse et de la palourde vient du Zhanguo Ce (« Stratégies des Royaumes combattants »), une collection chinoise de récits politiques compilée autour du IIIe siècle avant notre ère. L’anecdote servait d’avertissement à un roi sur le point d’attaquer un voisin affaibli. Pendant que deux camps s’épuisent, un troisième finit par emporter le gain. Le pêcheur, lui, ne planifie rien. Il arrive simplement au bon moment et profite de ce qui est déjà là.
Le Japon a intégré cette fable avec une grande partie du canon classique chinois, et la formule est entrée dans la langue comme une évidence de bon sens politique. À l’époque d’Edo (1603–1868), où les rivalités entre domaines et la concurrence marchande rendaient ce type de situation très concret, l’image ne nécessitait aucune explication.
Dans le Japon contemporain, le proverbe reste très présent, surtout dans le monde des affaires. Il est invoqué lorsqu’un conflit prolongé entre deux concurrents ouvre un espace à un acteur plus petit, ou lorsqu’un désaccord interne dans une entreprise crée une opportunité pour celui qui est resté en dehors de la querelle. Le « bénéfice du pêcheur » est immédiatement reconnaissable dans tout contexte compétitif, ce qui explique aussi sa longévité.
Cette exprssion nous fait penser à « quand deux chiens se battent pour un os, le troisième l’emporte » ou encore de « les grands bénéficiaires des guerres sont ceux qui n’y participent pas ». On retrouve aussi des équivalents plus classiques comme « entre deux querelles, le troisième rit ».
Ce que la version japonaise apporte tient surtout à la force presque physique de son image : le bec coincé dans la coquille, deux êtres prisonniers l’un de l’autre sur le rivage, incapables de se dégager. Le pêcheur n’a pas besoin d’être malin. Il lui suffit d’être là.
Note : le motif seigaiha (青海波, “vagues de la mer bleue”) représente des vagues régulières et continues : calmes en apparence, mais puissantes par leur persistance. Il est aussi associé à la chance et à la prospérité.
Speaking Kokeshi#009 — Un combat entre deux camps mène au bénéfice d'un troisième. — 漁夫の利
Speaking Kokeshi a débuté en mai 2023 à partir d'un constat simple : le Japon possède l'une des traditions d'expression proverbiale les plus riches au monde, et la plupart de ces expressions sont soit inconnues hors du pays, soit réduites à quelques concepts populaires vidés de leur contexte.
L'idée originale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque — des objets qui portaient une phrase, un visage, une morale. La poupée kokeshi était le bon vecteur. Sobre, distinctive, ancrée dans l'artisanat japonais, elle permet à l'illustration de porter du sens sans excès.
Quarante proverbes. Quarante personnages. Chacun dessiné individuellement, chacun le résultat d'une recherche sur les origines culturelles et historiques de l'expression. Pas un catalogue. Un livre avec un point de vue.