«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Pas d'IA ou autre LLMS.
PROVERBES JAPONAIS ILLUSTRÉS
#003
Courir deux lièvres à la fois. 二兎を追う者は一兎をも得ず
二兎を追う者は一兎をも得ず « Nito wo ou mono wa itto mo ezu »
Littéral : L’homme qui chasse deux lièvres n’en mérite aucun.
Signification : Vouloir faire deux choses à la fois, au risque d’échouer dans les deux.
L’image est d’une précision presque dérangeante. Deux lièvres, deux directions opposées, et le chasseur rentre bredouille. Ce qui rend ce proverbe particulier dans le répertoire japonais, c’est que cette précision est empruntée. La plupart des Japonais aujourd’hui l’utilisent sans connaître son origine.
Sa forme ancestrale est latine, attribuée à Publilius Syrus : “Duos insequens lepores, neutrum capit”. Érasme la recueille dans ses Adagia au début du XVIe siècle, puis elle circule à travers les langues européennes pendant trois siècles. Elle arrive au Japon par plusieurs voies à la fois, néerlandaise, française et anglaise; vers la fin de l’époque d’Edo. Le recueil Seiyō Kotowaza Kusa (西洋諺草, “Herbes de proverbes occidentaux”), publié en 1877, la fait connaître officiellement aux lecteurs japonais.
Le Japon possédait déjà sa propre mise en garde contre la dispersion : abu hachi torazu (虻蜂取らず, “n’attraper ni le taon ni l’abeille”) exprime exactement la même idée. Mais la version importée, plus nette dans son image et portée par l’autorité silencieuse de siècles d’usage européen, a peu à peu supplanté l’expression locale.
Dans le Japon de l’ère Meiji, imprégné de pensée confucéenne, ce proverbe prend une dimension morale au-delà du simple conseil pratique. Le shūchū (集中, la concentration) devient une forme d’intégrité : disperser son attention, c’est manquer de respect à son travail, à son maître, à son art.
Aujourd’hui, on le retrouve dans le coaching en entreprise ou dans les conseils adressés aux jeunes actifs tentés par les projets multiples (fukugyō, 副業, activités secondaires). Le ton a évolué : là où la version ancienne condamnait une ambition divisée comme une faute, l’usage contemporain en fait plutôt une forme de bienveillance envers soi-même.
Les lecteurs français auront une impression de déjà-vu, et pour cause : ce proverbe existe depuis longtemps, sous des formes très proches. « Qui court deux lièvres à la fois n’en prend aucun » en est presque la traduction directe. Mais aussi « on ne peut pas être au four et au moulin » ou encore « qui trop embrasse mal étreint ».
Ces expressions, comme la version japonaise, pointent toutes vers la même réalité : l’attention est une ressource limitée. Ce que le parcours de ce proverbe, de Rome à l’Europe puis jusqu’au Japon, met en lumière, c’est moins son universalité que sa capacité à voyager et à s’enraciner partout où l’expérience humaine reconnaît cette limite.
Speaking Kokeshi#003 — Courir deux lièvres à la fois. — 二兎を追う者は一兎をも得ず
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Speaking Kokeshi est né de mon engouement pour la culture japonaise et de ma passion pour l'art. L'idée initiale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque, en y intégrant les éléments de la culture japonaise. Ce concept s'est transformé en dessin en noir et blanc, débutant par le chat numéro 24 de la collection, avec l'espoir que, contrairement au proverbe qui l'accompagne, vous en tiriez quelque chose de précieux.