«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
#012
Il y a tout un monde au delà de celui que vous connaisser, restez curieux. 井の中の蛙大海を知らず
井の中の蛙大海を知らず « I no naka no kawazu taikai wo shirazu »
Littéral : La grenouille dans le puits ne connaît rien du grand océan.
Signification : Un esprit fermé est limité par ses propres connaissances.
L’image remonte à Zhuangzi, philosophe chinois du IVe siècle avant notre ère, dans une parabole où une grenouille se vante auprès d’une tortue de mer des plaisirs de son puits, jusqu’à ce que la tortue commence à lui décrire l’océan. Le Japon a intégré cette fable à travers des siècles de lecture des classiques chinois, et la formule s’est enracinée si profondément que beaucoup de locuteurs japonais ignorent qu’elle n’est pas d’origine locale.
Dans les traditions confucéenne et zen, le défaut incarné par la grenouille n’est pas l’idiotie. C’est la cécité qui vient de l’absence d’épreuve, du fait de vivre dans un monde suffisamment petit pour que l’expérience personnelle semble tout contenir. Le puits n’est pas une prison au sens strict : il est confortable, familier, complet en lui-même, ce qui constitue précisément le problème.
Une version plus longue ajoute une nuance : 「 saredo sora no fukasa wo shiru 」 (されど空の深さを知る, « mais elle connaît la profondeur du ciel »). Cet ajout semble lié à la poésie zen médiévale. Il ne corrige pas la première image, mais la complique. Les limites de la grenouille sont réelles, mais sa perspective produit malgré tout un type de connaissance particulier. Depuis le fond d’un puits, le ciel apparaît comme un cercle que personne dans un champ ouvert ne voit exactement de la même manière. La profondeur et l’étendue ne sont pas la même chose, et le proverbe, dans sa forme complète, accepte cette tension sans chercher à la résoudre.
Au Japon contemporain, l’expression sert souvent à nommer l’écart entre l’auto-perception de quelqu’un et la manière dont le monde extérieur le situe. Le jeune professionnel qui n’a jamais été confronté à un autre environnement que son entreprise, l’étudiant brillant localement mais déstabilisé lorsque le champ s’élargit. La seconde partie, plus rare, apparaît dans des conversations plus réflexives, parfois comme une forme de réhabilitation : celle du spécialiste, de l’artisan, de la personne qui a choisi la profondeur plutôt que l’étendue.
On peut lui rapprocher « on ne voit bien le monde que depuis son village » ou « chacun voit midi à sa porte ». Mais aussi « nul n’est prophète en son pays ».
Ce que la version japonaise ajoute, c’est une nuance moins fréquente : elle ne nie pas la limitation du puits, mais reconnaît que cette limitation produit aussi une forme de vision propre. Le monde vu du puits est incomplet, mais il n’est pas vide de vérité.
Note : 「 mattaku mō 」 (全くもう), souvent inscrit sur le dōgi (tenue d’entraînement), est une expression familière qui signifie quelque chose comme « franchement ! » ou « ça suffit ! », utilisée lorsqu’on est agacé ou exaspéré.
Speaking Kokeshi#012 — Il y a tout un monde au delà de celui que vous connaisser, restez curieux. — 井の中の蛙大海を知らず
Speaking Kokeshi a débuté en mai 2023 à partir d'un constat simple : le Japon possède l'une des traditions d'expression proverbiale les plus riches au monde, et la plupart de ces expressions sont soit inconnues hors du pays, soit réduites à quelques concepts populaires vidés de leur contexte.
L'idée originale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque — des objets qui portaient une phrase, un visage, une morale. La poupée kokeshi était le bon vecteur. Sobre, distinctive, ancrée dans l'artisanat japonais, elle permet à l'illustration de porter du sens sans excès.
Quarante proverbes. Quarante personnages. Chacun dessiné individuellement, chacun le résultat d'une recherche sur les origines culturelles et historiques de l'expression. Pas un catalogue. Un livre avec un point de vue.