«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Pas d'IA ou autre LLMS.
PROVERBES JAPONAIS ILLUSTRÉS
#038
La clairvoyance de l'incertitude. 群盲象を評す
群盲象を評す Gunmouzouwohyousu
Littéral : L’aveugle qui tâte l’éléphant.
Signification : Chacun ne perçoit qu’une partie du tout et la prend pour la réalité entière : une forme d’aveuglement collectif que même une observation attentive et bien intentionnée ne parvient pas à corriger.
L’image derrière ce proverbe est suffisamment ancienne pour avoir traversé plusieurs civilisations avant d’atteindre le Japon. Ses premières attestations connues apparaissent dans des textes indiens anciens. On la trouve notamment dans l’Udāna (Ier siècle av. J.-C.), recueil de paroles attribuées au Bouddha, comme critique des disputes doctrinales : chaque maître saisit une partie de la vérité et parle comme s’il détenait le tout. L’image a ensuite circulé le long de la route de la soie via la Chine, avant d’entrer au Japon avec la diffusion du bouddhisme à l’époque de Nara (710–794).
Lorsqu’elle s’installe dans la langue japonaise, une nuance importante apparaît, l’expression insiste sur le pluriel, avec 群盲 (gunmō), « une multitude d’aveugles ». Le proverbe ne décrit pas une erreur individuelle, mais une addition de perceptions partielles prises collectivement pour une vision complète.
Cette nuance est philosophiquement décisive. L’épistémologie bouddhique a longtemps travaillé la notion de māyā (illusion), selon laquelle la perception construit une réalité filtrée par nos limites. Les aveugles du récit ne sont pas fautifs, ils touchent, raisonnent, concluent. L’erreur tient à la croyance qu’un fragment suffit à décrire le tout.
Aujourd’hui au Japon, le proverbe apparaît souvent dans des contextes professionnels où la spécialisation rend difficile toute synthèse globale. Ingénieurs, commerciaux, designers peuvent chacun avoir raison dans leur domaine sans que l’organisation comprenne ce qu’elle produit réellement.
La question implicite qu’il pose dépasse la simple leçon d’humilité : l’addition des points de vue suffit-elle à produire la vérité ? Dans la parabole initiale, la réponse est non. Même la comparaison des récits ne reconstruit pas spontanément l’éléphant. Ce qui change, c’est la prise de conscience de l’incomplétude, et, dans la lecture bouddhique, cette lucidité elle-même constitue déjà une forme de sagesse.
Note : le motif tatewaku (立涌) représente des vagues verticales évoquant la vapeur ou la brume qui s’élève, surtout au printemps. Il symbolise l’élévation au-dessus des événements de la vie et constituait, dès le Moyen Âge, une prouesse technique notable dans les arts textiles japonais.
Speaking Kokeshi#038 — La clairvoyance de l'incertitude. — 群盲象を評す
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Speaking Kokeshi est né de mon engouement pour la culture japonaise et de ma passion pour l'art. L'idée initiale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque, en y intégrant les éléments de la culture japonaise. Ce concept s'est transformé en dessin en noir et blanc, débutant par le chat numéro 24 de la collection, avec l'espoir que, contrairement au proverbe qui l'accompagne, vous en tiriez quelque chose de précieux.