«Speaking Kokeshi» est un projet culturel qui associe des éléments visuels du Japon 日本,
entre les poupées kokeshi こけし et les proverbes (kotowaza) 諺, les idiomes, les dictons et le mode de vie.
C'est un ensemble de proverbes Japonais illustrés.
La collection a débuté en mai 2023.
De nouvelles Kokeshi sont publiées régulièrement.
Les visuels sont dessinés individuellement.
La traduction et l’explication sont le fruit de recherches visant à réaliser les illustrations.
Littéral : Valeur de la vie.
Signification : La raison particulière, ou l’ensemble de raisons, qui fait qu’une vie mérite d’être vécue.
Le mot 「 ikigai 」 (生き甲斐) ne se laisse pas traduire facilement en français, ce qui explique sans doute en partie sa circulation internationale. Il se compose de 「 iki 」 (生き, la vie, le fait de vivre) et de 「 gai 」 (甲斐, valeur, effet, ce qui vaut la peine). Le terme ne relève pas exclusivement du bouddhisme zen, du confucianisme ou du shintoïsme, mais traverse ces trois traditions.
On en trouve des formes proches dès la littérature de l’époque de Heian (794–1185), nourries à la fois par la pensée bouddhique de l’impermanence et par la sensibilité shintoïste au caractère sacré du quotidien. Le concept de 「 mono no aware 」 (物の哀れ, la douce mélancolie des choses qui passent) a donné à ikigai une tonalité particulière : puisque la vie est finie, ce à quoi on la consacre prend d’autant plus de poids.
À l’époque d’Edo (1603–1868), les artisans et marchands urbains développent des pratiques personnelles — calligraphie, poésie, jardinage, sans utilité économique directe, mais considérées comme essentielles à une vie accomplie. Dans ce contexte, l’ikigai n’a rien d’un outil de performance, il désigne une manière d’habiter sa vie.
Le modèle des quatre questions (ce que l’on aime, ce pour quoi on est doué, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi on peut être payé) est en grande partie une construction occidentale, souvent attribuée à tort à la tradition japonaise. Des chercheurs comme Gordon Mathews ont montré que le concept originel est bien plus intime et discret : l’ikigai est un sentiment vécu, souvent ancré dans des choses modestes et répétitives. Pour une grand-mère, il peut être la visite hebdomadaire de ses petits-enfants ; pour un ingénieur retraité, le soin quotidien de son jardin.
Dans le Japon contemporain, le terme apparaît dans les politiques de santé publique pour les personnes âgées, dans le discours du bien-être en entreprise, et dans les réflexions sur le hikikomori (引きこもり, retrait social), où son absence est parfois associée à une forme de souffrance existentielle. Les études sur la longévité à Okinawa, notamment dans le cadre des recherches sur les « Blue Zones », ont rendu le concept mondialement lisible en reliant sentiment de but quotidien et santé mesurable.
Ce que les lecteurs occidentaux y perçoivent souvent, c’est l’écart entre une vie qui fonctionne et une vie qui est véritablement habitée.
Note : Ce terme n’est pas un kotowaza (proverbe) ni une simple expression figée. C’est un concept de vie japonais qui, comme les kotowaza, demande une appropriation personnelle. Là où les kotowaza renvoient à une sagesse partagée, l’ikigai renvoie à une réalisation intime du sens.
Speaking Kokeshi a débuté en mai 2023 à partir d'un constat simple : le Japon possède l'une des traditions d'expression proverbiale les plus riches au monde, et la plupart de ces expressions sont soit inconnues hors du pays, soit réduites à quelques concepts populaires vidés de leur contexte.
L'idée originale était d'adapter la tradition des assiettes parlantes européennes du XIXe siècle à notre époque — des objets qui portaient une phrase, un visage, une morale. La poupée kokeshi était le bon vecteur. Sobre, distinctive, ancrée dans l'artisanat japonais, elle permet à l'illustration de porter du sens sans excès.
Quarante proverbes. Quarante personnages. Chacun dessiné individuellement, chacun le résultat d'une recherche sur les origines culturelles et historiques de l'expression. Pas un catalogue. Un livre avec un point de vue.